Les 10 sites archéologiques les plus remarquables d'Irak
Entre le Tigre et l'Euphrate s'étend le berceau de la civilisation urbaine. C'est ici, dans les plaines alluviales de la Mésopotamie, que les Sumériens inventèrent l'écriture vers 3200 avant notre ère, que se développèrent les premières villes, les premiers codes de lois et les premières bibliothèques. Babylone, Ur, Uruk, Ninive, Nimrud : ces noms résonnent dans la mémoire collective de l'humanité comme des jalons fondateurs. L'Irak moderne hérite d'une stratigraphie archéologique d'une richesse inégalée, même si des décennies de guerres, de pillages et de destructions intentionnelles ont considérablement compromis l'accès et l'intégrité de nombreux sites. Les fouilles qui reprennent depuis la stabilisation partielle du pays révèlent régulièrement des découvertes de premier ordre.
1. Babylone, Babylon
Babylone fut l'une des plus grandes villes du monde antique, capitale successive de l'empire paléo-babylonien sous Hammurabi au XVIIIe siècle avant notre ère, puis de l'empire néo-babylonien sous Nabuchodonosor II au VIe siècle avant notre ère. La porte d'Ishtar, recouverte de briques émaillées à figures de dragons et de taureaux, fut démontée et transportée à Berlin au début du XXe siècle — une reconstruction fidèle est exposée au Pergamonmuseum. In situ subsistent les fondations de la salle du trône, des voies processionnelles et les soubassements de la ziggurat Etemenanki, peut-être à l'origine de la légende de la Tour de Babel. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2019.
2. Ur, Dhi Qar
Ur fut l'une des premières grandes cités sumériennes, dont l'apogée se situe entre 2600 et 2000 avant notre ère environ. Les fouilles de Leonard Woolley entre 1922 et 1934 ont mis au jour le cimetière royal de la période dynastique archaïque, avec ses tombes à fosses contenant des centaines d'objets en or, lapis-lazuli et argent, et les restes de serviteurs sacrifiés pour accompagner les défunts. La ziggurat d'Ur-Nammu, construite vers 2100 avant notre ère, est la mieux conservée des ziggurats de Basse Mésopotamie. Le site est situé près de Nasiriyah et est accessible aux visiteurs dans un cadre sécurisé.
3. Hatra, Ninive
Hatra fut une cité-État prospère et un carrefour commercial entre l'empire parthe et Rome, dont le développement s'étend du Ier siècle avant au IIIe siècle de notre ère. La ville, protégée par une double enceinte circulaire et des tours, résista à deux sièges romains — sous Trajan et Septime Sévère. Ses temples au plan mésopotamien à iwans — grandes salles voûtées ouvertes sur une cour — témoignent d'une synthèse architecturale unique entre les traditions orientales et les influences gréco-romaines. Hatra fut délibérément détruite par les milices de l'État islamique en 2015. Classé à l'UNESCO depuis 1985.
4. Nimrud (Kalhu), Ninive
Nimrud fut la capitale de l'Assyrie sous les rois Assurnasirpal II et Salmanasar III aux IXe-VIIIe siècles avant notre ère. Le palais nord-ouest d'Assurnasirpal est célèbre pour ses orthostates sculptés — bas-reliefs en albâtre représentant des scènes de chasse, de guerre et de rituel — dont une grande partie fut emportée en Europe et aux États-Unis au XIXe siècle. Les Lamassu — figures de taureaux ailés à tête humaine — qui gardaient les portes du palais furent détruits par l'État islamique en 2015. Des fouilles récentes ont mis au jour des tombes royales non pillées avec des bijoux en or d'une grande richesse.
5. Ninive, Ninive
Ninive fut la capitale de l'empire assyrien à son apogée sous Sennachérib et Assurbanipal aux VIIIe et VIIe siècles avant notre ère, et l'une des plus grandes villes du monde antique avec une population estimée à plus de cent mille habitants. La bibliothèque d'Assurbanipal, fouillée par Layard et Rawlinson au milieu du XIXe siècle, a livré environ trente mille tablettes cunéiformes dont l'Épopée de Gilgamesh. La ville fut détruite en 612 avant notre ère par une coalition babylono-mède. Le site, aujourd'hui dans la banlieue est de Mossoul, a subi des dégradations importantes lors de l'occupation par l'État islamique en 2014-2016.
6. Ctésiphon, Baghdad
Ctésiphon, à trente kilomètres au sud de Bagdad, fut la capitale de l'empire parthe puis de l'empire sassanide pendant plus de huit siècles. L'Arch de Ctésiphon — Taq Kasra — est la plus grande arche en brique non renforcée jamais construite : son ouverture de vingt-cinq mètres de portée et sa hauteur de trente-sept mètres témoignent de la maîtrise constructive sassanide du IVe-VIe siècle de notre ère. L'arc, seul vestige visible du palais royal d'al-Madâ'in, a résisté aux siècles mais souffre de l'érosion des fondations due aux crues du Tigre.
7. Uruk (Warka), Muthanna
Uruk est l'une des premières villes de l'histoire humaine, dont l'expansion initiale remonte à la période dite d'Uruk entre 4000 et 3100 avant notre ère. C'est ici que furent produites les premières tablettes d'argile portant des inscriptions pictographiques — les ancêtres de l'écriture cunéiforme. La cité, associée au roi légendaire Gilgamesh, connut une occupation continue jusqu'à l'époque parthes. Les fouilles allemandes depuis 1912 ont mis au jour des temples en terrasse, des zones résidentielles et un système de drainage sophistiqué. La vaste plaine de débris archéologiques couvre plusieurs kilomètres carrés.
8. Assur (Qal'at Sherqat), Saladin
Assur fut la première capitale de l'Assyrie et la ville sainte de la religion assyrienne, dont le développement s'étend du IIIe millénaire avant notre ère jusqu'à l'époque parthes. Le temple d'Assur, le temple d'Ishtar et le palais du vieux temple forment un ensemble monumental au sommet d'un promontoire surplombant le Tigre. Les fouilles allemandes du début du XXe siècle ont permis d'établir la stratigraphie de la ville sur trois millénaires d'occupation. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2003. Le site a été partiellement endommagé lors de la construction d'un barrage voisin.
9. Eridu, Basra
Eridu, dans l'extrême sud de l'Irak, est considérée par la tradition sumérienne comme la plus ancienne des villes, fondée selon le mythe avant le Déluge. Les fouilles irakiennes des années 1940-1950 ont révélé une séquence continue de dix-neuf temples superposés, depuis un simple sanctuaire du Ve millénaire avant notre ère jusqu'à une ziggurat néo-sumérienne. Cette stratigraphie exceptionnelle illustre l'évolution continue de la pratique religieuse sumérienne sur deux millénaires et demi dans le même lieu.
10. Nippur, Qadisiyah
Nippur fut le centre religieux de la Mésopotamie sumérienne et akkadienne, siège du temple d'Enlil, le dieu suprême du panthéon sumérien. Bien qu'elle ne fût jamais la capitale politique d'un empire, sa légitimité religieuse était telle que tout roi aspirant à la domination de la Mésopotamie devait y recevoir la bénédiction divine. Les fouilles américaines, parmi les plus longues de l'histoire de l'archéologie proche-orientale, ont produit des milliers de tablettes cunéiformes d'archives administratives, littéraires et religieuses. La ziggurat d'Enlil est encore partiellement visible sur le site.
Conseils pratiques
L'accès aux sites archéologiques irakiens s'est amélioré depuis 2017, mais les conditions de sécurité varient selon les régions. Les sites du sud (Ur, Uruk, Eridu) sont accessibles depuis Bagdad ou Bassorah avec des guides locaux. Babylone, à quatre-vingt-dix kilomètres de Bagdad, est le site le plus fréquenté. Ninive et Nimrud, dans le nord, sont accessibles depuis Erbil ou Mossoul ; des efforts de restauration y sont en cours. Ouvrir la carte pour localiser l'ensemble des sites mésopotamiens et évaluer les possibilités d'itinéraire selon l'actualité sécuritaire.