Les 10 plus beaux sites archéologiques d'Anatolie antique
L'Anatolie — le vaste plateau et les côtes de la Turquie actuelle — est l'une des terres les plus anciennement peuplées et les plus stratifiées archéologiquement du monde. Des premières communautés néolithiques aux empires hittite, phrygien, grec, romain et byzantin, chaque siècle a laissé ses traces dans les collines et les plaines de cette région carrefour entre Europe et Asie. Nulle part ailleurs on ne trouve une telle densité de civilisations superposées en un espace aussi restreint. Ouvrez la carte pour explorer l'ensemble des sites archéologiques d'Anatolie.
1. Ephèse, Égée
Ephèse est l'un des sites gréco-romains les mieux préservés du monde méditerranéen. Fondée par des colons grecs vers le Xe siècle avant notre ère sur la côte égéenne, elle devint l'une des plus grandes cités de l'Empire romain d'Orient, atteignant probablement deux cent mille habitants à son apogée. La Voie des Curètes, bordée de colonnades et de façades monumentales, mène à la célèbre Bibliothèque de Celsus, dont la façade à deux étages est l'une des images les plus reconnaissables de l'Antiquité. Le théâtre, taillé à flanc de colline, pouvait accueillir vingt-cinq mille spectateurs. Le temple d'Artémis d'Ephèse, l'une des Sept Merveilles du monde antique, n'est plus représenté que par une seule colonne. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, Ephèse est accessible depuis Selçuk, à environ soixante-dix kilomètres d'Izmir.
2. Troie, Troade
Troie (Troïa ou Hisarlık) est l'un des sites les plus chargés symboliquement de l'archéologie mondiale. Les fouilles de Heinrich Schliemann à partir de 1870, puis les travaux systématiques du XXe siècle, ont révélé pas moins de neuf couches d'occupation superposées couvrant une période de plus de trois mille ans, du Néolithique final à l'époque romaine. La ville que l'on associe à la guerre de Troie — Troie VI ou VIIa — date de l'âge du bronze tardif, vers 1300 à 1180 avant notre ère. Les murs en blocs de calcaire de cette période sont encore visibles, tout comme les fondations du mégaron (grande salle palatiale) et les restes de la rampe d'accès à la citadelle. Inscrit à l'UNESCO en 1998, le site est situé près de la ville de Çanakkale.
3. Göbekli Tepe, Anatolie du Sud-Est
Göbekli Tepe est le site archéologique qui a le plus profondément bouleversé notre compréhension de la préhistoire humaine. Découvert en 1994 par Klaus Schmidt, ce complexe de structures circulaires monumentales dans les collines près de Şanlıurfa date de la fin du Xe millénaire avant notre ère — soit environ douze mille ans d'ancienneté. Les grandes enceintes, formées de piliers en T en calcaire pouvant atteindre cinq mètres de hauteur et dix-huit tonnes, sont ornés de bas-reliefs représentant des animaux sauvages : renards, lions, vautours, scorpions, serpents. Le fait que ces structures colossales aient été érigées par des chasseurs-cueilleurs, avant l'invention de l'agriculture, a remis en question l'idée reçue selon laquelle la sédentarisation était un préalable à la construction monumentale. Classé à l'UNESCO en 2018, le site est couvert d'un auvent protecteur.
4. Çatalhöyük, Plateau d'Anatolie centrale
Çatalhöyük, dans la plaine de Konya, est le plus grand et le mieux documenté des sites du Néolithique préceramique et céramique d'Anatolie. Occupé entre environ 7500 et 5700 avant notre ère, ce proto-bourg comptait jusqu'à huit mille habitants vivant dans des maisons en brique crue accolées les unes aux autres sans rues entre elles — l'accès se faisait par des ouvertures dans les toits. Les fouilles, reprises dans les années 1990 sous la direction de Ian Hodder, ont mis au jour des habitations décorées de peintures murales représentant des chasses, des vautours et des figures géométriques, ainsi que des crânes humains enduits de plâtre. Inscrit à l'UNESCO en 2012, Çatalhöyük dispose d'un musée de site ouvert aux visiteurs.
5. Pergame, Mysie
Pergame (Pergamon), dominant la vallée depuis une acropole vertigineuse, fut la capitale d'un royaume hellénistique florissant aux IIIe et IIe siècles avant notre ère. Les rois Attalides y accumulèrent une bibliothèque réputée rivale de celle d'Alexandrie et financèrent une architecture de prestige d'une audace exceptionnelle. Le théâtre de Pergame, l'un des plus escarpés du monde antique avec une déclivité de près de soixante-dix degrés, surplombe un panorama grandiose. L'autel de Zeus de Pergame, dont la grande frise de la Gigantomachie est aujourd'hui conservée à Berlin au Pergamonmuseum, était l'une des œuvres sculpturales les plus ambitieuses de l'époque hellénistique. Le site, proche de la ville moderne de Bergama, est inscrit à l'UNESCO depuis 2014.
6. Hattusa, Anatolie centrale
Hattusa fut la capitale de l'Empire hittite, l'une des puissances dominantes du Proche-Orient entre environ 1700 et 1200 avant notre ère. Le site, dans les collines boisées de la région de Çorum, couvre plus de cent soixante-dix hectares et comprend les restes de temples, de palais, de greniers et d'une muraille monumentale longue de plusieurs kilomètres percée de portes ornées de sphinx et de lions en relief. Les archives royales de Hattusa, qui ont livré des milliers de tablettes cunéiformes en langue hittite, akkadienne et louvite, constituent l'une des sources les plus riches sur la diplomatie et la religion de l'âge du bronze. Le traité de Kadesh (vers 1259 avant notre ère), conclu entre les Hittites et Ramsès II, est le plus ancien traité de paix conservé. Inscrit à l'UNESCO en 1986.
7. Aphrodisias, Carie
Aphrodisias, dans la vallée du Méandre, est l'un des sites archéologiques les mieux conservés et les moins fréquentés d'Anatolie. Centre de culte d'Aphrodite depuis au moins le IIIe siècle avant notre ère, la cité a connu son apogée à l'époque impériale romaine, aux Ier et IIe siècles de notre ère. Son école de sculpture était réputée dans tout l'Empire : des ateliers locaux exportaient des œuvres en marbre blanc de la région jusqu'en Gaule et en Afrique du Nord. Le tétrapylon — portail monumental à quatre rangées de colonnes — a été partiellement restauré. Le stade, capable d'accueillir trente mille spectateurs, est l'un des plus grands et des mieux préservés du monde antique. Le musée du site conserve une collection exceptionnelle de sculptures. Inscrit à l'UNESCO en 2017.
8. Aspendos, Pamphylie
Aspendos abrite le théâtre romain le mieux conservé d'Anatolie, voire du monde entier. Construit sous le règne de Marc Aurèle vers 155 de notre ère par l'architecte Zénon sur un modèle classique romain, le théâtre a une capacité d'environ douze mille places et conserve intacte sa scaenae frons (façade de scène) à deux étages décorés de colonnes, de niches et de frises en bas-relief. Contrairement à beaucoup de théâtres antiques dont seule la cavea survit, celui d'Aspendos présente l'ensemble du bâtiment de scène avec ses galeries intérieures et sa charpente en bois — grâce aux Seldjoukides qui l'utilisèrent comme caravansérail au XIIIe siècle. Aspendos se trouve à environ quarante kilomètres d'Antalya.
9. Xanthos, Lycie
Xanthos fut la principale cité de Lycie, sur la côte sud-ouest de la Turquie actuelle. La ville a résisté à deux sièges célèbres dans l'Antiquité — contre les Perses au VIe siècle avant notre ère et contre les Romains au Ier siècle avant notre ère — en incendiant ses propres habitations plutôt que de se rendre. Le site conserve des monuments funéraires lyciens parmi les plus beaux qui existent : le Pilier de Xanthos, le Pilier harpy (dont les originaux sont au British Museum) et l'Arche votive. La nécropole rupestre, avec ses façades sculptées à flanc de falaise, illustre la singularité de la tradition funéraire lycienne. Inscrit à l'UNESCO avec le Létôon, le site est à environ quatre-vingt-dix kilomètres à l'est de Fethiye.
10. Derinkuyu, Cappadoce
Derinkuyu n'est pas une ruine au sens traditionnel du terme mais un témoignage unique d'architecture souterraine. Cette ville creusée dans la roche volcanique tendre de la Cappadoce s'étend sur environ huit niveaux de profondeur, jusqu'à environ soixante mètres sous la surface. Elle aurait pu abriter jusqu'à vingt mille personnes avec leurs animaux, leurs provisions et leurs pressoirs à huile d'olive. Les premières excavations remontent peut-être à l'époque hittite ou phrygienne, mais la ville fut agrandie et utilisée par des communautés chrétiennes entre le IVe et le XIIe siècle comme refuge contre les invasions arabes. Redécouverte accidentellement en 1963, elle est aujourd'hui ouverte aux visiteurs à Derinkuyu, à une trentaine de kilomètres d'Ürgüp.
L'Anatolie se visite toute l'année, mais le printemps (avril-mai) et l'automne (septembre-octobre) offrent les meilleures conditions climatiques pour explorer les sites en plein air. La plupart des grands sites — Ephèse, Pergame, Hattusa, Aphrodisias — facturent des droits d'entrée raisonnables et disposent d'une signalétique en turc et en anglais. Consultez la carte pour planifier votre itinéraire et découvrir des sites moins fréquentés à proximité des incontournables.