Les sept merveilles du monde antique
Une liste née de la curiosité grecque
L'idée de dresser une liste des constructions les plus remarquables du monde connu est une invention hellénistique. Les premiers textes mentionnant des « merveilles » (theamata, puis thaumata en grec) datent du IIIe ou IIe siècle avant notre ère. La liste canonique des sept merveilles, telle que nous la connaissons, s'est fixée progressivement, et des auteurs différents ne s'accordaient pas toujours sur les mêmes sites. C'est la version finalement popularisée par Antipater de Sidon, poète du IIe siècle avant notre ère, qui est restée dans la mémoire collective.
Le chiffre sept n'est pas arbitraire : dans la pensée grecque et mésopotamienne, sept était le nombre de la complétude, associé aux planètes connues et à la perfection cosmologique. La liste reflète aussi les horizons géographiques des voyageurs hellénistiques : elle couvre l'Égypte, la Mésopotamie, la Grèce, la côte ionienne et l'île de Rhodes — le monde méditerranéen et moyen-oriental que les marchands et les touristes grecs fréquentaient.
La Grande Pyramide de Gizeh
La seule des sept merveilles à avoir traversé les millénaires presque intacte est la Grande Pyramide de Gizeh, construite pour le pharaon Khéops vers 2560 avant notre ère. Haute à l'origine de 146,5 mètres — aujourd'hui légèrement réduite par l'érosion et la disparition du parement de calcaire blanc —, elle resta pendant près de quatre millénaires la plus haute structure jamais érigée par l'humanité.
La pyramide est faite d'environ 2,3 millions de blocs de calcaire et de granit, pesant chacun entre 2,5 et 80 tonnes. Les techniques de sa construction restent partiellement incomprises, malgré les nombreuses théories avancées. Les fouilles archéologiques ont révélé des traces de rampes, d'outils en cuivre, et surtout une ville ouvrière organisée avec des boulangeries, des brasseries et des installations médicales — réfutant définitivement le mythe des esclaves torturés. Gizeh est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ouvrez la carte pour localiser le plateau de Gizeh et les autres sites de l'ancienne Égypte.
Les Jardins suspendus de Babylone
Les Jardins suspendus de Babylone sont la merveille la plus mystérieuse, car aucune source babylonienne contemporaine ne les mentionne. Ils apparaissent uniquement dans des textes grecs et romains tardifs, décrivant des terrasses superposées couvertes de plantes, irriguées par des mécanismes hydrauliques sophistiqués. L'identification du site est encore débattue : certains chercheurs pensent qu'ils se trouvaient non à Babylone (dans l'Irak actuel) mais à Ninive, capitale assyrienne, et qu'ils auraient été construits par le roi Sennachérib au VIIe siècle avant notre ère.
Des fouilles à Babylone n'ont pas permis d'identifier des structures correspondant à la description des jardins. Il est possible qu'ils soient en partie légendaires, ou qu'ils aient été détruits sans laisser de traces reconnaissables dans les archives archéologiques.
La Statue de Zeus à Olympie
Le Zeus d'Olympie, chef-d'œuvre du sculpteur athénien Phidias, trônait dans le temple de Zeus à Olympie dans le Péloponnèse. Créée vers 435 avant notre ère, la statue chryséléphantine — construite sur une armature de bois recouverte d'ivoire pour la peau et de feuilles d'or pour les draperies — représentait le dieu assis sur un trône, tenant dans sa main droite une Niké (déesse de la victoire) et dans la gauche un sceptre. Sa hauteur était d'environ treize mètres, et sa taille colossale dans un espace confiné produisait un effet de présence divine saisissant.
La statue fut emportée à Constantinople au IVe ou Ve siècle et périt probablement dans un incendie. L'atelier de Phidias à Olympie a été identifié lors de fouilles allemandes, et des moules en terre cuite, des outils et même un gobelet portant l'inscription « J'appartiens à Phidias » y ont été découverts.
Le Temple d'Artémis à Éphèse
Le Temple d'Artémis à Éphèse, sur la côte ionienne de l'actuelle Turquie, fut reconstruit plusieurs fois. La version que l'Antiquité considérait comme une merveille était la troisième construction, érigée au IVe siècle avant notre ère. Elle était énorme : environ 115 mètres de long sur 55 mètres de large, avec 127 colonnes de marbre blanc d'une hauteur de 18 mètres chacune. Son toit de marbre sculpté et ses frises décorées en faisaient la plus vaste construction de l'Antiquité grecque.
Un fou nommé Érostrate y mit le feu en 356 avant notre ère pour rendre son nom immortel — la nuit même, selon la tradition, où naquit Alexandre le Grand. Le temple fut reconstruit et resta debout jusqu'aux raids des Goths en 268 de notre ère. Il ne subsiste aujourd'hui qu'une seule colonne reconstituée sur le site, en bordure de la ville moderne de Selçuk.
Le Mausolée d'Halicarnasse
À Halicarnasse (l'actuelle Bodrum, en Turquie), le roi Mausole de Carie fit construire son propre tombeau de son vivant, vers 350 avant notre ère. L'édifice, dont le nom donna naissance au mot « mausolée » dans toutes les langues européennes, combinait un socle rectangulaire à gradins avec un péristyle de colonnes ioniques et une pyramide à degrés surmontée d'un quadrige de marbre. Sa hauteur atteignait environ 45 mètres. Les plus grands sculpteurs grecs du temps y travaillèrent, dont Scopas et Léocharès.
Le mausolée fut endommagé par des séismes au Moyen Âge, et ses pierres servirent à renforcer le château des Chevaliers de Saint-Jean de Rhodes au XVe siècle. Les bas-reliefs et fragments récupérés par les archéologues britanniques au XIXe siècle sont aujourd'hui au British Museum.
Le Colosse de Rhodes
Le Colosse de Rhodes, statue en bronze représentant le dieu solaire Hélios, fut érigé à l'entrée du port de Rhodes vers 280 avant notre ère pour commémorer la résistance réussie de la ville au siège de Démétrios Poliorcète. Sa hauteur était d'environ 33 mètres. Contrairement à la représentation populaire, il ne se dressait vraisemblablement pas à cheval sur l'entrée du port — ses jambes auraient dû être démesurément écartées. Il se trouvait probablement sur un promontoire ou près du port, les jambes jointes.
Un séisme le renversa vers 226 avant notre ère, à peine cinquante ans après son érection. Ses débris restèrent sur place pendant des siècles, et des voyageurs antiques rapportent qu'un homme pouvait à peine entourer le pouce de bronze de ses deux bras. La statue disparut définitivement — probablement fondue ou dispersée — lors des invasions arabes du VIIe siècle.
Le Phare d'Alexandrie
Le Phare de l'île de Pharos, à l'entrée du port d'Alexandrie, fut construit sous les premiers Ptolémées, vers 280 avant notre ère, par l'architecte Sostratos de Cnide. Avec une hauteur estimée entre 100 et 135 mètres, il était l'une des constructions les plus hautes de l'Antiquité. Sa structure se composait de trois niveaux : une base carrée massive, une tour octogonale intermédiaire, et un sommet cylindrique couronné d'un feu que des miroirs de métal amplifiaient. Il guidait les navigateurs de jour comme de nuit, selon les sources, sur une distance de plusieurs dizaines de kilomètres.
Des séismes répétés entre le VIIIe et le XIVe siècle l'endommagèrent progressivement. Le sultan mamelouk Qaytbay construisit un fort sur ses fondations au XVe siècle, le fort Qaytbay qui subsiste encore aujourd'hui. Des plongeurs archéologues ont retrouvé au fond du port d'Alexandrie des fragments colossaux de granite qui pourraient appartenir au phare.
L'archipel des merveilles antiques illustre à la fois la puissance créatrice des civilisations anciennes et la fragilité de leurs réalisations face au temps, aux séismes, aux guerres et à l'appétit des hommes pour les matériaux de construction.