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La redécouverte de Pompéi

La catastrophe du 24 août 79

Le Vésuve était considéré comme une montagne inoffensive. Ses pentes fertiles produisaient un vin apprécié dans tout l'empire romain. Des villas luxueuses s'étageaient sur ses flancs. Personne dans la région ne conservait le souvenir d'une éruption volcanique, et les tremblements de terre qui avaient secoué Pompéi en 62 de notre ère avaient été interprétés comme des manifestations divines plutôt que comme des signes précurseurs.

Le 24 août 79 de notre ère — ou peut-être le 24 octobre selon une interprétation récente d'une inscription découverte en 2018 —, le Vésuve entra en éruption de façon catastrophique. Une colonne de gaz, de cendres et de pierres s'éleva à plus de trente kilomètres dans l'atmosphère. Pendant plusieurs heures, des lapilli de pierre ponce s'abattirent sur Pompéi, s'accumulant à une vitesse de vingt à trente centimètres par heure. La plupart des habitants eurent le temps de fuir. Mais à l'aube du lendemain, plusieurs vagues pyroclastiques — nuées ardentes de gaz brûlants et de cendres à plusieurs centaines de degrés — déferlèrent sur la ville et sur sa voisine Herculaneum, tuant ceux qui n'étaient pas encore partis.

L'ensevelissement et l'oubli

Pompéi fut ensevelie sous une couche de lapilli et de cendres consolidées de quatre à six mètres d'épaisseur. Herculaneum, plus proche du volcan, fut recouverte d'un dépôt de tuf volcanique atteignant par endroits vingt-cinq mètres. La fertilité exceptionnelle des sols volcaniques fit que la région fut rapidement remise en culture et réoccupée. Les quelques survivants revinrent peut-être brièvement fouiller dans les décombres pour récupérer leurs biens. Puis le souvenir s'estompa.

Pendant près de dix-sept siècles, Pompéi fut une ville fantôme sous la terre. Son nom survécut dans quelques textes, notamment dans les lettres de Pline le Jeune à l'historien Tacite, où il décrit l'éruption avec une précision saisissante depuis le cap Misène, à une trentaine de kilomètres de là. Son oncle, Pline l'Ancien, commandant de la flotte de Misène et naturaliste de renom, mourut en tentant de porter secours aux victimes — peut-être asphyxié par les gaz volcaniques sur la plage de Stabies.

Les premières fouilles au XVIIIe siècle

La redécouverte de Pompéi fut progressive et le résultat d'une série d'accidents et de décisions royales. Au début du XVIe siècle, des paysans creusant un canal dans la région d'Herculaneum tombèrent sur des fragments de sculpture et de mosaïque, mais l'identification du site ne fut pas établie. C'est en 1709 que le prince d'Elbeuf, cherchant des matériaux de construction pour sa villa de Portici, fit creuser des puits sur le site d'Herculaneum et récupéra des sculptures de marbre, dont trois statues de Vestales aujourd'hui à Dresde.

Les fouilles d'Herculaneum débutèrent de façon plus organisée en 1738, sous le patronage du roi Charles VII de Naples (futur Charles III d'Espagne). Pompéi fut redécouverte en 1748, également sous impulsion royale. Ces premières fouilles n'avaient pas de visée scientifique : il s'agissait de récupérer des objets précieux — statues, bronzes, gemmes, tableaux — pour décorer la résidence royale de Portici et les collections du Musée Bourbon. La méthode était celle d'une extraction d'objets plutôt que d'une fouille raisonnée.

La naissance d'une méthode

La transformation de l'approche vint avec Giuseppe Fiorelli, nommé directeur des fouilles de Pompéi en 1860. Fiorelli introduisit une méthode d'excavation systématique, avec quadrillage de la ville en régions et insulae, numérotation des maisons, et tenue d'un journal de fouille détaillé. Surtout, il eut l'idée, en 1863, d'injecter du plâtre dans les cavités laissées dans les cendres solidifiées par la décomposition des corps humains et animaux. Les moulages ainsi obtenus révèlent avec une précision bouleversante les positions des victimes dans leurs derniers instants — un homme protégeant son visage, une femme tenant un enfant, un chien enchaîné tentant de se libérer.

Ces moulages font depuis lors partie des images les plus saisissantes de l'archéologie mondiale. Ils illustrent la particularité de Pompéi parmi tous les sites antiques : non seulement ses bâtiments sont extraordinairement conservés, mais les objets de la vie quotidienne — vaisselle, outils, aliments carbonisés, meubles en bois, textiles — ont survécu dans des conditions impossibles à réunir ailleurs. La catastrophe a conservé une photographie de la vie ordinaire au Ier siècle de notre ère d'une richesse inégalée.

Ce que Pompéi a révélé

Les fouilles successives, poursuivies avec des méthodes de plus en plus sophistiquées jusqu'à aujourd'hui, ont transformé la compréhension de la vie urbaine romaine. On connaît maintenant la disposition des maisons, avec leur atrium central ouvert sur le ciel, leurs jardins intérieurs (peristylia), leurs peintures murales dans les quatre styles pompeiens. Les boutiques (tabernae) alignées le long des rues montrent une économie urbaine très active, avec des comptoirs, des dolia (grands vases en terre cuite encastrés dans les tables) pour conserver les aliments, des enseignes peintes.

Les graffitis gravés sur les murs — plusieurs milliers ont été répertoriés — constituent une source inépuisable sur la vie quotidienne, les amours, la politique et l'humour des Pompeiens ordinaires. Les analyses de résidus dans les récipients de cuisine ont identifié les garum (sauce à base de poisson fermenté) et les vins locaux. Les squelettes des victimes livrent des informations sur leur alimentation, leurs maladies et leurs activités physiques.

Le Grand Projet de Pompéi

Pompéi est aujourd'hui inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO et classée parmi les vingt sites archéologiques les plus visités du monde, avec environ 3,5 millions de visiteurs par an en période normale. Mais cette fréquentation intense, combinée à deux siècles de fouilles parfois mal documentées, avait laissé une grande partie du site dans un état de dégradation préoccupant. Le Grand Projet de Pompéi, lancé en 2012 avec un financement européen d'environ 105 millions d'euros, a permis de restaurer des dizaines de maisons, de sécuriser des structures menaçant de s'effondrer, et d'améliorer considérablement la gestion du site.

Les fouilles continuent dans les secteurs encore inexploités. Le Regio V, rouvert aux fouilles en 2017, a livré des découvertes exceptionnelles : une thermopolium (snack-bar romain) avec ses comptoirs de marbre et ses récipients de nourriture encore en place, une pièce décorée de fresques représentant des scènes érotiques et mythologiques d'une qualité remarquable, et des squelettes livrant des informations nouvelles sur les dernières heures de la ville.

Ouvrez la carte pour situer Pompéi dans le contexte des sites romains de la baie de Naples et explorer la région volcanique qui a à la fois détruit et conservé cette ville unique.