Art pariétal préhistorique : Lascaux, Altamira et les grottes de l'ère glaciaire
Il y a dans l'idée de s'enfoncer dans l'obscurité d'une caverne, à la lueur d'une lampe à graisse, pour peindre sur les parois un aurochs, un mammouth ou un lion des cavernes, quelque chose qui trouble profondément notre sentiment de la distance historique. Ces artistes anonymes du Paléolithique supérieur ne nous sont pas séparés par une barrière culturelle infranchissable : ils avaient les mêmes capacités cognitives que nous, la même anatomie de la main, et ils ont laissé des œuvres dont la maîtrise technique et la puissance évocatrice n'ont rien à envier à bien des réalisations ultérieures. La grotte Chauvet-Pont d'Arc, dans l'Ardèche, a été peinte il y a environ 36 000 ans. C'est à peu près le même écart temporel qui nous sépare d'elle qu'elle-même était éloignée de ses premières manifestations artistiques connues.
La grotte Chauvet-Pont d'Arc : la plus ancienne des grandes grottes ornées
Découverte en 1994 par Jean-Marie Chauvet, Éliette Brunel Deschamps et Christian Hillaire dans les gorges de l'Ardèche, la grotte qui porte maintenant le nom du premier représente un bouleversement dans notre compréhension de l'art préhistorique. Les datations au carbone 14 direct sur les charbons utilisés par les peintres ont placé la plupart des peintures entre 36 000 et 32 000 ans avant le présent — ce qui en fait les représentations pariétales les mieux datées au monde à ce niveau d'ancienneté.
Ce qui frappe à Chauvet, c'est non seulement l'ancienneté mais la sophistication. Les lions des cavernes sont représentés en groupes de plusieurs dizaines d'individus, avec une perspective naissante et des effets de profondeur obtenus par l'utilisation de la courbure naturelle de la paroi. Les rhinocéros laineux se superposent en couches successives, créant un effet de foule ou de mouvement. Un panneau présente un véritable panorama de faune des steppes froides : ours des cavernes, panthères des neiges, bisons, aurochs, chevaux. Les gravures sur argile du sol montrent une ourse et son ourson tracés au doigt.
Jamais ouverte au public — la décision fut prise dès la découverte pour éviter le sort de Lascaux — la grotte est accessible par une réplique fidèle, la Caverne du Pont d'Arc, inaugurée en 2015 à quelques kilomètres du site original. Le site original est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2014.
Lascaux : l'image du monde du Paléolithique
Lascaux, découverte en 1940 par quatre adolescents de la Dordogne dans la commune de Montignac, est peut-être la grotte ornée la plus célèbre du monde. Datée du Magdalénien, vers 17 000-15 000 ans avant le présent, elle présente une galerie principale (dite « Salle des Taureaux ») où quatre aurochs monumentaux — dont un de cinq mètres de longueur — s'avancent vers le visiteur dans une composition de grande ampleur. D'autres galleries montrent des chevaux, des cerfs en nage, un bison blessé et, dans un puits mystérieux, une scène unique dans l'art pariétal préhistorique : un homme stylisé (le seul être humain de la grotte) gisant devant un bison éventré, accompagné d'un oiseau perché sur un bâton.
Ouverte au public après la guerre, Lascaux accueillit jusqu'à mille visiteurs par jour dans les années 1950. En 1963, André Malraux, alors ministre de la Culture, ordonna sa fermeture après que des taches vertes d'algues apparurent sur les parois — provoquées par le dioxyde de carbone et la chaleur exhalés par les visiteurs. Depuis lors, plusieurs répliques successives ont été réalisées : Lascaux II (1983), Lascaux IV (2016) à Montignac-Lascaux offre aujourd'hui la reproduction la plus complète et la plus technologiquement avancée du site.
Altamira : la «Sixtine de la préhistoire»
Altamira, en Cantabrie dans le nord de l'Espagne, fut la première grande grotte ornée découverte — en 1879 par Marcelino Sanz de Sautuola — et la première dont la réalité paléolithique fut niée par les experts. Quand Sautuola publia ses observations, soutenant que les peintures de bisons polychromes au plafond de la grotte étaient d'âge préhistorique, la communauté scientifique le soupçonna d'imposture. Ce ne fut qu'en 1902, après les découvertes comparables de Font-de-Gaume et des Combarelles en Dordogne, qu'Altamira fut officiellement reconnue comme authentique — après la mort de Sautuola.
Le plafond de la salle principale, couvert de bisons polychromes (ocre, manganèse noir, anatomie rendue avec une précision saisissante) datés du Magdalénien, reste l'un des sommets de l'art pariétal. Les peintres ont utilisé les reliefs naturels du calcaire pour donner du volume aux corps des animaux, leur bossue dorsale épousant une protubérance de la paroi. Altamira est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO et peut être visitée par un nombre limité de personnes chaque jour dans la grotte originale, grâce à un système de rotation strict.
La technique : pigments, lampes et préparation des parois
La technique des peintres paléolithiques était plus élaborée qu'on ne le supposait longtemps. Les pigments utilisés comprennent les oxydes de fer (ocres jaunes, rouges, bruns), le bioxyde de manganèse (noir), le charbon de bois et, plus rarement, des minéraux comme la calcite blanche ou l'hématite spéculaire. Ces pigments étaient broyés sur des pierres à broyer retrouvées dans certaines grottes, mélangés à des liants organiques (graisse animale, eau, moelle osseuse) et appliqués au doigt, au tampon de fourrure ou au pinceau de poils.
L'éclairage était assuré par des lampes à graisse animale — de petits blocs de calcaire creusés retrouvés à Lascaux et dans d'autres sites — qui produisaient une lumière vacillante et jaune, très différente de notre lumière artificielle moderne. Certains chercheurs ont émis l'hypothèse que cette lumière tremblante, jouant sur les reliefs des parois, contribuait à l'effet animé des représentations et participait à une expérience visuelle et sensorielle particulière lors des rituels auxquels les peintures étaient peut-être liées.
Les questions sans réponse : sens et fonction de l'art pariétal
Malgré des décennies de recherche, les questions fondamentales sur la signification et la fonction de l'art pariétal restent ouvertes. Pourquoi ces images ? Pourquoi dans ces grottes, souvent profondes et difficiles d'accès, parfois à plusieurs kilomètres de l'entrée ? Pourquoi certaines espèces dominent-elles (chevaux et bisons représentent la majorité des figures dans la plupart des grottes) alors que d'autres, qui devaient être familières aux chasseurs, sont rares ou absentes ?
La thèse du « chamanisme » développée notamment par David Lewis-Williams à partir des années 1980 propose que les artistes étaient des chamanes en état de transe modifiée, reproduisant des visions phosphéniques liées aux états de conscience altérée. Elle a eu une grande influence mais aussi des critiques sérieuses : elle risque de projeter une catégorie ethnographique (le chamanisme sibérien) sur des pratiques dont nous ne savons presque rien.
D'autres hypothèses — propitiation pour la chasse, marquage territorial, transmission de savoirs sur la faune, expression artistique autonome — ne s'excluent pas mutuellement. La pluralité des interprétations reflète peut-être la pluralité des fonctions que ces images remplissaient sur des millénaires.
Pour explorer les sites classés et les régions où l'art pariétal préhistorique a été découvert, ouvrez la carte et suivez la trace des premiers artistes de l'humanité à travers l'Europe et au-delà.