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Les 10 plus beaux sites archéologiques de Chypre

Chypre est une île qui résume l'histoire méditerranéenne dans son intégralité. De la culture parmi les plus précoces du Néolithique méditerranéen — active dès le Xe millénaire avant notre ère — jusqu'aux Mycéniens, Phéniciens, Assyriens, Perses, Ptolémées, Romains, Byzantins et Croisés, chaque grande puissance méditerranéenne a occupé, marqué et transformé cette île carrefour. Sa richesse en cuivre — le mot « cuivre » en latin (cuprum) dérive directement du nom de l'île — explique en grande partie l'intensité des convoitises qu'elle a suscitées. Ouvrez la carte pour explorer les sites archéologiques de Chypre.

1. Kourion, Limassol

Kourion est le site archéologique le plus spectaculairement situé de Chypre. Cette cité gréco-romaine est perchée sur une falaise de soixante-dix mètres dominant la mer Méditerranée, au sud-ouest de l'île. Fondée par des colons achéens mycéniens au XIIe siècle avant notre ère selon la tradition, la cité a connu sa plus grande prospérité à l'époque romaine impériale. Le théâtre gréco-romain du IIe siècle de notre ère — restauré et utilisé pour des représentations estivales — offre une vue sur la mer. La maison d'Eustolios, avec ses mosaïques de pavement du IVe siècle, la basilique paléochrétienne et les bains privés forment un ensemble d'une cohérence remarquable. Un tremblement de terre dévastateur en 365 de notre ère détruisit la cité en même temps qu'une grande partie des côtes méditerranéennes ; les squelettes d'une famille entière surpris dans son sommeil ont été retrouvés sous les décombres.

2. Salamis, Famagouste (Nord de Chypre)

Salamis fut la plus grande cité antique de Chypre et sa capitale de fait pendant de nombreux siècles. Fondée par les Mycéniens aux XIIe-XIe siècles avant notre ère selon la tradition (qui l'attribue au héros Teukros après la guerre de Troie), elle atteignit son apogée aux périodes classique et hellénistique (Ve-IIe siècles avant notre ère) comme cité-État autonome frappant sa propre monnaie. Les vestiges visibles aujourd'hui datent principalement de la période romaine tardive et byzantine : un gymnase monumental et son grand bain froid (frigidarium) dont les colonnes ont été partiellement redressées, un théâtre romain de huit mille places, des thermes publics, une basilique byzantine de dimension exceptionnelle. Les nécropoles royales proches de Salamis, datant des VIIIe-VIIe siècles avant notre ère avec leurs tombes à dromos et leur mobilier d'apparat, ont livré des chars funéraires complets. Le site est situé en territoire chypriote turc.

3. Parc archéologique de Paphos, Paphos

Le Parc archéologique de Paphos regroupe sur quelques kilomètres carrés une concentration exceptionnelle de monuments romains, dont les célèbres maisons aux mosaïques qui constituent l'ensemble de mosaïques romaines le mieux conservé de Méditerranée orientale. Les maisons de Dionysos, de Thésée, d'Orphée et d'Aion arborent des pavements d'une finesse et d'une complexité narrative extraordinaires, représentant des scènes mythologiques en dizaines de milliers de tesselles colorées. Le site comprend également une odéon (théâtre couvert), un agora, un asclépion (sanctuaire de guérison) et les catacombes de la Chrysopolitissa où Saul de Tarse (saint Paul) aurait subi une flagellation. Inscrit à l'UNESCO en 1980.

4. Choirokoitia, Larnaka

Choirokoitia est l'un des plus anciens sites archéologiques de Méditerranée et le mieux préservé du Néolithique précéramique de Chypre. Ce village du VIIe millénaire avant notre ère (environ 7000-4000 avant notre ère) est composé de maisons circulaires (tholoi) en pierre et en brique crue, disposées le long d'une voie principale tracée sur un versant collinaire. Les fouilles ont révélé les pratiques funéraires de ses habitants — enterrement sous les planchers des maisons, parfois avec un galet sur le thorax du défunt — et leur régime alimentaire à base de moutons, chèvres, cochons, cerfs et végétaux cultivés. Choirokoitia représente l'une des premières sociétés néolithiques implantées à Chypre, par des groupes venant vraisemblablement du Proche-Orient. Inscrit à l'UNESCO en 1998.

5. Palaia Paphos — Temple d'Aphrodite, Kouklia

Palaia Paphos (l'ancienne Paphos, aujourd'hui le village de Kouklia) fut le grand centre de culte d'Aphrodite pour tout le monde grec et romain. Le sanctuaire de la déesse, dont la fondation légendaire est attribuée à Kinyras, roi mythique de Chypre, était l'un des plus visités et des plus fortunés de la Méditerranée antique. La déesse y était représentée non sous forme humaine mais sous la forme d'une pierre conique (baetyle) — une tradition anicônique ancienne. Les fouilles ont mis au jour les fondations du grand temple du Ier siècle de notre ère, qui remplaçait un sanctuaire de l'âge du bronze, ainsi qu'un trésor considérable d'objets votifs. Le musée de Kouklia conserve des maquettes architecturales en terre cuite — représentations des sanctuaires — d'une valeur iconographique unique.

6. Tombes des Rois, Paphos

Malgré leur nom, les Tombes des Rois à Paphos ne sont pas les sépultures de monarques mais d'aristocrates et de fonctionnaires de haut rang des IIIe-Ier siècles avant notre ère. Ces tombes rupestres taillées dans la roche calcaire imitent dans leur plan l'architecture des maisons des vivants, avec des péristyles (cours à colonnes) creusés dans la roche. Ce type d'hypogées à péristyle est directement inspiré de l'architecture ptolémaïque d'Égypte et illustre l'influence des Lagides sur Chypre, dont ils furent les souverains de 294 à 58 avant notre ère. La nécropole s'étend sur une vaste zone au nord de la ville de Paphos, avec plusieurs dizaines de tombes numérotées dont certaines sont ouvertes à la visite.

7. Sanctuaire d'Apollon Hylates, Kourion

Le sanctuaire d'Apollon Hylates (« gardien des forêts ») est situé à environ trois kilomètres à l'ouest du site de Kourion et constituait le grand sanctuaire extra-urbain de la cité. Actif du Xe siècle avant notre ère jusqu'au IVe siècle de notre ère, le sanctuaire a été progressivement monumentalisé à l'époque romaine impériale : propylées (portiques d'entrée), maisons des pèlerins, palestre, bain et un temple circulaire — reconstruction partielle de l'original — constituent un complexe représentatif des lieux de culte grecs romanisés. Une curiosité : des inscriptions décrivent la peine infligée aux pèlerins qui touchaient l'autel sans autorisation — ils étaient jetés par-dessus la falaise proche.

8. Paleá Énklistra (Enklistra de Saint Néophyte)

L'Enklistra — « l'enfermé » — est le complexe rupestre creusé par l'ermite Néophyte de Chypre à partir de 1159 dans une colline boisée à l'intérieur de la région de Paphos. Néophyte creusa lui-même dans la roche une chapelle, une cellule et une crypte. Ses peintures murales, réalisées par le grand artiste byzantin Théodoros Apseudes entre 1183 et 1196, comptent parmi les fresques byzantines les mieux préservées de Chypre et illustrent l'apogée du style byzantin chypriote de la période médiévale. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un site antique au sens strict, l'Enklistra est un témoignage irremplaçable de la culture byzantine insulaire.

9. Citium (Kition), Larnaka

Kition, sous la ville actuelle de Larnaka, fut l'une des grandes cités-États de Chypre à l'âge du bronze et à l'époque classique. Les fouilles du XXe siècle ont révélé une acropole de l'âge du bronze tardif (XIVe-XIIe siècle avant notre ère) comprenant des temples et des ateliers de fonderie du cuivre fonctionnant en lien direct avec le culte — une association unique entre production métallurgique et activité religieuse qui témoigne du rôle central du cuivre dans l'économie et la religion de l'île. Kition est également célèbre comme ville natale de Zénon, fondateur du stoïcisme, né vers 333 avant notre ère. La mosquée Hala Sultan Tekke dans les environs de Larnaka, bâtie sur un site protohistorique, est un autre témoignage de la stratification historique de la région.

10. Amathonte, Limassol

Amathonte est l'une des cités-États de Chypre les plus précocement documentées et l'une des rares à n'avoir pas adhéré à la révolte ionienne contre les Perses en 499 avant notre ère. La cité, fondée peut-être au XIe-Xe siècle avant notre ère, conserve sur une colline côtière les vestiges d'une acropole avec ses temples, ses remparts en blocs de calcaire et un agora hellénistique dont plusieurs colonnes sont debout. L'énorme vase en calcaire (pithos), dont une copie se trouve sur le site et l'original au Musée du Louvre, est l'un des plus grands vases antiques connus. Amathonte fut dévastée par Richard Cœur de Lion lors de la Troisième Croisade en 1191.


Chypre se visite idéalement de mars à juin ou d'octobre à novembre pour éviter la chaleur estivale intense. La plupart des sites sont gérés par le Département des Antiquités de Chypre et facturent des droits d'entrée modiques. Attention : Salamis et certains sites du nord sont en territoire chypriote turc — vérifiez les conditions d'accès selon votre point d'entrée dans l'île. Consultez la carte pour planifier votre itinéraire archéologique à Chypre.