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Le débat sur les marbres d'Elgin

Le Parthénon et ses sculptures

Le Parthénon, construit entre 447 et 432 avant notre ère sur l'Acropole d'Athènes sous la direction de Phidias, était à l'origine recouvert d'un programme sculptural d'une ampleur et d'une qualité sans équivalent dans l'Antiquité grecque. Trois ensembles distincts ornaient l'édifice : les frontons (les deux pignons triangulaires représentant, à l'est, la naissance d'Athéna et à l'ouest, sa dispute avec Poséidon pour la possession de l'Attique), les métopes (quatre-vingt-douze panneaux sculptés en haut-relief représentant des combats mythologiques — la Gigantomachie, la Centauromachie, l'Amazonomachie, la guerre de Troie), et la frise ionique (un ruban continu de 160 mètres de long représentant la procession des Panathénées).

Ces sculptures n'étaient pas de simples ornements. Elles exprimaient une théologie civique complexe, identifiant Athènes à la victoire de l'ordre civilisé sur le chaos — les Grecs sur les Perses, les dieux sur les Géants, les hommes sur les Centaures. La frise des Panathénées, qui représente la procession quinquennale des citoyens athéniens portant à Athéna sa robe sacrée, est un document exceptionnel sur la vie civique de la démocratie athénienne du Ve siècle.

Lorsque le temple fut transformé en église chrétienne au Ve siècle de notre ère, certaines sculptures furent probablement déplacées ou détruites. D'autres résistèrent jusqu'en 1687, lorsque les Vénitiens assiégeant Athènes bombardèrent l'Acropole : un obus toucha la poudrière ottomane installée dans le temple, provoquant une explosion qui souffla le toit et une grande partie des murs. Des blocs sculptés tombèrent au sol et se brisèrent.

Lord Elgin et le transfert des sculptures

Thomas Bruce, 7e comte d'Elgin, fut nommé ambassadeur britannique auprès de l'Empire ottoman en 1799. Il obtint en 1801 une autorisation (firman) des autorités ottomanes pour réaliser des moulages et des dessins des antiquités de l'Acropole, et pour « prendre des pierres avec des inscriptions et figures ». Sur la base de ce document — dont l'original n'existe que dans une traduction italienne et dont la portée exacte est contestée — ses agents procédèrent pendant les années suivantes au décrochage et à l'emballage de la majeure partie des sculptures encore en place sur le Parthénon.

Entre 1801 et 1812, les équipes d'Elgin prélevèrent environ la moitié de la frise, dix-sept statues des frontons, quinze métopes et une cariatide du temple voisin de l'Érechthéion. L'opération provoqua des critiques dès cette époque : le poète Byron, qui visita Athènes en 1809, fustigea Elgin dans ses Chants pèlerins avec une véhémence qui contribua à forger l'opinion publique anglaise. En 1816, après qu'Elgin eut traversé des difficultés financières considérables, le Parlement britannique acheta la collection pour 35 000 livres sterling — moins de la moitié de ce qu'Elgin prétendait avoir dépensé — et la déposa au British Museum, où elle se trouve depuis lors.

La revendication grecque

Dès l'indépendance grecque, acquise en 1830, des voix s'élevèrent pour demander la restitution des sculptures. La première demande officielle formelle fut présentée par le gouvernement grec en 1983, par la ministre de la Culture Mélina Mercouri — actrice et militante politique dont l'engagement sur ce dossier fut sa marque la plus durable. La demande fut renouvelée à chaque génération depuis lors.

L'argument grec repose sur plusieurs axes. D'abord, l'unité : les sculptures du Parthénon forment un ensemble conçu pour un espace architectural précis ; séparées, elles perdent une partie de leur sens. Environ la moitié des sculptures conservées se trouve à Athènes, au Musée de l'Acropole inauguré en 2009 — un bâtiment de verre et d'acier conçu par Bernard Tschumi, dont la salle du Parthénon au troisième étage a été délibérément construite à l'échelle et à l'orientation exactes du bâtiment antique, avec des reproductions en plâtre des pièces conservées à Londres occupant les espaces manquants. Ensuite, la légitimité : les autorités ottomanes de 1801 ne représentaient pas les Grecs, peuple colonisé sous domination étrangère ; la question de la validité du firman n'a jamais été tranchée de façon définitive. Enfin, le contexte d'origine : les sculptures appartiennent au monument dont elles faisaient partie, monument qui se trouve en Grèce.

Les arguments du British Museum

Le British Museum et le gouvernement britannique ont maintenu pendant des décennies une position de refus, invoquant plusieurs arguments. Le statut juridique : la loi britannique de 1963 sur le British Museum interdit à l'institution de se défaire de ses collections sauf dans des circonstances très limitées. L'argument de l'accessibilité universelle : les sculptures, à Londres, sont visitées par des millions de personnes venant du monde entier dans un musée gratuit ; leur restitution les renverrait dans un contexte national restrictif. L'argument de la conservation : Elgin aurait sauvé les sculptures d'une dégradation certaine dans l'Athènes ottomane du XIXe siècle.

Ces arguments ont été progressivement érodés par l'évolution du débat. L'argument de la conservation est particulièrement difficile à tenir : les sculptures conservées à Londres ont subi une abrasion chimique lors d'un nettoyage maladroit dans les années 1930 qui a détruit la patine originale ; celles restées à Athènes, conservées dans un musée climatisé et remplacées sur le monument par des copies, sont dans un meilleur état. L'argument de l'universalité peut être retourné : un musée de l'Acropole moderne, à deux cents mètres du Parthénon, offre précisément le contexte le plus universel imaginable pour ces sculptures.

Un débat qui dépasse le Parthénon

L'affaire des marbres d'Elgin s'est imposée comme le cas emblématique d'un débat bien plus large sur la restitution des objets culturels acquis dans des circonstances coloniales ou litigieuses. Des cas similaires, souvent moins médiatisés mais tout aussi complexes, concernent la Grèce et d'autres pays : le buste de Nefertiti conservé à Berlin, réclamé par l'Égypte ; les bronzes du Bénin dispersés dans des musées européens et américains, dont de nombreuses institutions ont entrepris la restitution depuis 2020 ; les objets amérindiens détenus par des musées nord-américains ; les collections réunies pendant la colonisation française au Musée du quai Branly à Paris.

En 2023, des négociations directes entre le gouvernement grec et le British Museum ont conduit à des discussions sur des modalités de prêt à long terme — une formule qui permettrait aux sculptures de revenir temporairement en Grèce sans que le musée reconnaisse formellement la propriété grecque. Ces discussions ont buté sur la question de principe : un prêt implique que le British Museum reste propriétaire, ce que la Grèce refuse de concéder.

L'état actuel du débat

Le consensus international a évolué significativement depuis les années 1980. Plusieurs grandes institutions européennes et américaines ont procédé ces dernières années à des restitutions unilatérales : l'université de Heidelberg a rendu des fragments du Parthénon à la Grèce en 2006, suivie par d'autres musées européens. La galerie du Vatican, en 2023, a restitué trois fragments de la frise à la Grèce — un geste qui a été salué à Athènes et qui a ajouté une pression morale supplémentaire sur le British Museum.

Ouvrez la carte pour localiser l'Acropole d'Athènes et le Musée de l'Acropole. Quelle que soit l'issue du débat sur les sculptures conservées à Londres, ce qui est visible à Athènes aujourd'hui — les sculptures dans le musée, le Parthénon lui-même avec ses programmes de restauration en cours depuis les années 1970 — constitue déjà une expérience archéologique et esthétique de premier ordre.

Ce que révèle ce débat au fond, c'est une tension non résolue entre deux conceptions du patrimoine culturel : l'une universaliste, qui voit dans les grands musées encyclopédiques des espaces de rencontre transcendant les nationalismes ; l'autre contextualiste, qui affirme que les objets appartiennent au lieu et au peuple dont ils sont issus. Ces deux positions ont chacune leur cohérence. La difficulté est qu'elles s'excluent mutuellement dans des cas comme celui du Parthénon — et que l'histoire longue des sculptures elles-mêmes, de leur création à leur dispersion, ne permet pas de trancher par un simple appel aux faits.