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La découverte de Toutankhamon

La Vallée des Rois avant 1922

À la fin du XIXe siècle, la Vallée des Rois, sur la rive ouest de Louxor, était l'un des sites les plus fouillés du monde — et l'un des plus pillés. Depuis l'Antiquité tardive, les tombes des pharaons du Nouvel Empire (environ 1550-1070 avant notre ère) avaient été visitées, dépouillées et parfois réutilisées. Les momies royales avaient été déplacées par des prêtres de la XXIe dynastie qui les avaient regroupées dans des caches pour les protéger des voleurs — deux de ces caches, contenant des dizaines de momies royales, avaient été découvertes respectivement en 1871 et 1898.

Lorsque l'égyptologue américain Theodore Davis obtint la concession de fouilles de la Vallée à partir de 1902, il y travailla pendant quinze ans, découvrant plusieurs tombes importantes. En 1912, il publia un volume intitulé The Tombs of Harmhabi and Touatânkhamanou et déclara, avec une certitude prématurée, que la Vallée était « épuisée » — qu'il ne restait plus rien à trouver. Il renonça à sa concession en 1914. Davis était dans l'erreur : la tombe la plus spectaculaire de toute la Vallée était encore intacte, à quelques mètres sous les gravats que ses propres équipes avaient accumulés.

Howard Carter et Lord Carnarvon

Howard Carter avait commencé sa carrière en Égypte comme dessinateur à quatorze ans, copiant les reliefs des temples thébains pour l'Egypt Exploration Fund. Autodidacte, sans formation universitaire mais d'une rigueur méthodique exceptionnelle, il devint inspecteur en chef des antiquités de Haute-Égypte avant de se lancer dans les fouilles pour son propre compte, avec le mécénat de Lord Carnarvon — un aristocrate anglais amateur d'archéologie qui finançait des expéditions en Égypte depuis 1907.

Carter était convaincu, sur la base d'indices disparates — des faïences au nom de Toutankhamon trouvées dans les débris de la fouille Davis, un fragment de feuille d'or — que la tombe du pharaon restait à découvrir dans un secteur de la Vallée que les excavateurs précédents avaient négligé. En 1917, il entama des fouilles systématiques dans ce secteur, travaillant saison après saison sans résultats spectaculaires. Lord Carnarvon, impatient et de santé fragile, envisageait d'abandonner. En 1922, il accorda à Carter une dernière saison.

Le 4 novembre 1922

Le 4 novembre 1922, un jeune porteur d'eau trébuchant dans les gravats mit au jour une marche taillée dans le roc. Carter fit dégager la zone : un escalier descendait vers une porte murée portant des sceaux cartouchés. Il fit reboucher l'escalier pour attendre l'arrivée de Lord Carnarvon, qui était alors en Angleterre.

Le 26 novembre 1922, Carter, Lord Carnarvon, Lady Evelyn Herbert (fille de Carnarvon) et Arthur Callender (assistant de Carter) se retrouvèrent devant la porte inférieure. Carter perça un trou dans le mur, introduisit une bougie et scruta l'intérieur. Carnarvon demanda : « Pouvez-vous voir quelque chose ? » La réponse de Carter est l'une des phrases les plus célèbres de l'histoire de l'archéologie : « Oui, des choses merveilleuses. »

Ce qu'il voyait à la lumière vacillante de sa bougie, c'était l'antichambre de la tombe : des lits funéraires en bois doré en forme d'animaux, des chariots démontés, des coffres d'albâtre, des statues de gardiens noirs et dorés, des fleurs séchées. Trois mille ans et demi après la fermeture de la tombe, le mobilier funéraire était encore en place, virtuellement intact.

La fouille : dix ans de travail minutieux

Ce que Carter découvrit en quelques heures ce soir-là de novembre allait lui occuper les dix années suivantes. La tombe (KV62, selon la numérotation officielle) comprenait quatre chambres : l'antichambre, l'annexe, la chambre funéraire et le trésor. Elle contenait plus de cinq mille objets — mobilier, armes, vêtements, bijoux, instruments de musique, aliments, statues, chars de guerre. C'est la seule tombe royale du Nouvel Empire retrouvée avec un mobilier funéraire pratiquement complet.

La chambre funéraire elle-même abritait la sépulture proprement dite : quatre chapelles en bois doré emboîtées les unes dans les autres, contenant un sarcophage en quartzite, lui-même renfermant trois cercueils anthropoïdes en bois doré et or massif. Le dernier cercueil, en or massif de 110,4 kilogrammes, contenait la momie du roi couronnée du célèbre masque funéraire en or et lazulite qui est aujourd'hui l'objet le plus reproduit de toute l'Antiquité.

Carter numérota et documenta chaque objet avant de le déplacer, travaillant avec une méthode qui était, pour l'époque, exemplaire. Les photographies de Harry Burton — photographe de l'expédition — constituent l'une des archives documentaires les plus riches de l'archéologie du XXe siècle. Néanmoins, les exigences de conservation se heurtaient constamment à la pression de la presse internationale et aux demandes des autorités égyptiennes. La mort de Lord Carnarvon en avril 1923 d'une septicémie (popularisée comme « la malédiction du pharaon » par une presse sensationnaliste) compliqa encore les relations avec le gouvernement égyptien, qui finit par expulser Carter du site pendant un an.

Toutankhamon : qui était-il ?

L'ironie de la découverte la plus célèbre de l'égyptologie est qu'elle portait sur un pharaon de seconde importance. Toutankhamon monta sur le trône vers 1332 avant notre ère, probablement à l'âge de neuf ou dix ans, et mourut vers 1323 avant notre ère à environ dix-huit ou dix-neuf ans. Son règne de moins d'une décennie coïncide avec la restauration du culte traditionnel des dieux après la révolution religieuse d'Akhenaton — son probable père, qui avait tenté d'imposer le monothéisme solaire d'Aton.

Les analyses génétiques et scanner réalisées sur sa momie au XXIe siècle ont confirmé qu'il souffrait de plusieurs pathologies — malformations du pied, accès répétés de paludisme — et révélé qu'il était le produit d'un mariage entre frère et sœur, ce qui était courant dans la royauté égyptienne mais entraînait des déficiences génétiques. Sa mort reste discutée : accident, maladie, ou mort violente ? L'analyse des fractures osseuses n'a pas permis de conclure définitivement.

Ce qui fait l'importance de Toutankhamon pour l'égyptologie n'est pas son règne mais son trésor. Parce que sa tombe fut oubliée rapidement — probablement recouverte par les gravats des chantiers voisins peu après sa mort — elle échappa aux pillages qui vidèrent presque toutes les autres tombes royales. Elle constitue une fenêtre unique sur le mobilier funéraire d'un pharaon du Nouvel Empire, et par extension sur la matérialité de la culture royale égyptienne dans toute sa splendeur.

L'égyptomanie et l'héritage culturel

La découverte de 1922 provoqua une vague d'égyptomanie sans précédent dans le monde occidental. L'influence des motifs pharaoniques sur l'art déco de l'entre-deux-guerres est manifeste dans l'architecture, la mode, les bijoux et les arts graphiques. Des cinémas, des hôtels et des bâtiments publics arborèrent des pylônes, des lotus et des scarabées. Des produits commerciaux innombrables s'ornèrent d'hiéroglyphes stylisés. La fascination pour l'Égypte ancienne, déjà ancienne depuis la campagne de Bonaparte, atteignit alors des proportions culturelles inédites.

Aujourd'hui, le trésor de Toutankhamon est conservé au Musée égyptien du Caire depuis 1929 ; il est en cours de transfert vers le Grand Musée Égyptien (GEM) de Gizeh, dont l'ouverture progressive depuis 2023 constitue le plus grand projet muséal du continent africain. La momie, elle, reste dans la tombe KV62 de la Vallée des Rois, accessible aux visiteurs dans le cadre d'un billet spécial. Ouvrez la carte pour localiser la Vallée des Rois et les autres sites funéraires de la rive ouest de Louxor.

La tombe de Toutankhamon est certes la plus connue, mais la Vallée des Rois en compte soixante-trois ouvertes, avec des programmes de fouilles en cours. Chaque saison archéologique y réserve encore des surprises — preuve que même les sites les plus fouillés du monde recèlent encore des histoires à raconter.