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Stonehenge expliqué : comment et pourquoi le cercle de pierres le plus célèbre du monde a été construit

Une icône préhistorique dans la plaine du Wiltshire

Stonehenge se dresse sur la plaine de Salisbury, dans le Wiltshire, à environ 130 kilomètres à l'ouest de Londres. Depuis la route, ses silhouettes familières — grandes pierres en forme de trilithes, couronnement horizontal, cercle de moindres blocs debout dans l'herbe rase — semblent presque déplacées dans ce paysage agricole ordinaire. C'est précisément cette incongruité qui frappe : comment des gens sans métal, sans roues, sans grues ont-ils déplacé des blocs pesant jusqu'à 25 tonnes et les ont-ils assemblés avec une précision qui défie encore l'explication complète ?

Stonehenge est un monument composite, construit en plusieurs phases sur une période d'environ 1 500 ans, entre environ 3000 et 1500 avant notre ère. Comprendre ce que l'on voit aujourd'hui exige de démêler ces phases successives — et d'accepter que beaucoup de questions importantes n'ont toujours pas de réponse définitive.

Phase 1 : le fossé et les trous d'Aubrey (vers 3000 avant notre ère)

La première construction à l'emplacement de Stonehenge ne comprenait pas de grandes pierres. Elle consistait en un fossé circulaire de 110 mètres de diamètre, flanqué à l'intérieur d'un rempart de craie, avec deux entrées — l'une au nord-est, l'autre au sud. À l'intérieur du cercle, une série de 56 cavités circulaires disposées en cercle, baptisées « trous d'Aubrey » du nom de John Aubrey qui les identifia au XVIIe siècle, semblent avoir contenu des crémations humaines plutôt que des pierres en bois ou en pierre.

Ce premier Stonehenge était avant tout un espace rituel ouvert, peut-être un lieu de funérailles et de commémoration. Les ossements incinérés retrouvés dans les trous d'Aubrey et dans le fossé représentent les restes d'au moins 64 individus différents, couvrant une période de plusieurs siècles. C'est le plus grand cimetière de crémations connu en Grande-Bretagne pour cette période.

Phase 2 : les bluestones de Galles (vers 2500 avant notre ère)

Vers 2500 avant notre ère, les constructeurs érigèrent les premières grandes pierres à Stonehenge : les bluestones, des roches volcaniques (principalement des dolerites) dont la source a été identifiée avec certitude dans les Preseli Hills du Pembrokeshire, au pays de Galles — à plus de 240 kilomètres en ligne droite.

Comment ces blocs de 2 à 5 tonnes chacun ont-ils été transportés jusqu'à Salisbury ? La théorie la plus solide, étayée par des expériences pratiques, combine plusieurs méthodes : transport maritime en radeau ou en embarcation primitive le long de la côte galloises et de la Severn, puis transport terrestre sur traîneaux et rondins de bois. Des équipes de chercheurs ont démontré que des équipes de 50 à 100 personnes peuvent déplacer de tels blocs à raison de quelques kilomètres par jour.

Pourquoi aller chercher ces pierres si loin alors que de nombreuses roches locales étaient disponibles ? La réponse n'est pas établie. Une hypothèse récente, publiée en 2019 par des géologues de l'University College London, suggère que les Preseli Hills avaient une signification rituelle particulière — peut-être parce qu'un cercle de bluestones préexistant y avait été démonté et « transféré » à Stonehenge.

Phase 3 : les sarsens et la grande architecture (vers 2500-2400 avant notre ère)

La phase la plus spectaculaire de Stonehenge est la mise en place des grandes pierres de sarsen — un grès siliceux extrêmement dur — dans leur disposition actuelle. Ces blocs, pesant entre 15 et 25 tonnes chacun, proviennent de Marlborough Downs, à environ 25 kilomètres au nord. Ils forment le cercle extérieur de 30 montants (dont 17 subsistent avec leurs linteaux) et les cinq trilithes en fer à cheval au centre.

La précision de l'assemblage est remarquable. Les linteaux du cercle extérieur sont incurvés pour suivre le tracé circulaire et sont joints à leurs voisins par un assemblage à tenon et mortaise — une technique normalement utilisée pour le travail du bois, ici transposée à la pierre. Les montants des trilithes centraux s'assemblent à leurs linteaux par des joints à tenon parfaitement ajustés, travaillés dans la dureté du sarsen avec des outils en pierre de silex et de dolérite.

Le chantier de mise en place des sarsens représente un effort organisationnel extraordinaire. Des estimations prudentes suggèrent que le façonnage et le transport de ces pierres ont mobilisé des centaines de travailleurs pendant plusieurs années — dans une société sans écriture, sans administration centrale visible, sans pouvoir royal établi d'après les données archéologiques.

L'orientation astronomique : fait établi et interprétations incertaines

Un fait est solidement établi : Stonehenge est aligné avec le lever du soleil au solstice d'été (vers le 21 juin) et son coucher au solstice d'hiver (vers le 21 décembre). Depuis le centre du monument, au solstice d'été, le soleil se lève exactement au-dessus de la pierre du Talon (Heel Stone), qui se dresse à l'extérieur de l'enceinte principale sur l'axe nord-est.

Cet alignement est intentionnel et précis. Mais que signifiait-il pour les constructeurs ? Était-ce un calendrier agricole pour marquer le début de saisons importantes ? Un lieu de rassemblement rituel lié aux cycles solaires ? Un monument funéraire dont les propriétés astronomiques étaient liées à des croyances sur la mort et la renaissance ? Les archéologues proposent des hypothèses, mais aucune source écrite ne peut les confirmer.

Des découvertes récentes, notamment les fouilles autour de Durrington Walls (un grand village néolithique à 3 kilomètres de Stonehenge) en 2010-2015 par l'équipe de Mike Parker Pearson, suggèrent que Stonehenge faisait partie d'un paysage rituel beaucoup plus vaste, incluant plusieurs monuments, avenues cérémonielles et sites d'habitation saisonniers. Stonehenge lui-même serait davantage associé aux morts et à l'hiver, tandis que Durrington Walls serait associé aux vivants et à l'été.

Ce qui nous échappe encore

Malgré un siècle de fouilles intensives et des techniques d'analyse de plus en plus sophistiquées — datations radiocarbone sur les os humains, analyses isotopiques pour déterminer l'origine géographique des individus enterrés, géophysique pour cartographier le sous-sol sans fouiller — Stonehenge garde ses secrets essentiels.

Nous ne savons pas avec certitude quel groupe humain spécifique a initié la construction (les populations néolithiques de Grande-Bretagne n'ont pas laissé de nom ni d'écriture). Nous ne savons pas quelle langue ils parlaient. Nous ne savons pas si Stonehenge était un lieu de culte ouvert à tous ou réservé à une élite rituelle. Nous ne savons pas si les bluestones avaient déjà une histoire sacrée au Pays de Galles avant d'être déplacées.

Ce que nous savons, c'est que ce monument a persisté et a été entretenu, modifié et agrandi pendant environ quinze siècles — une durée comparable à celle du christianisme dans l'histoire de l'Europe. Il doit donc avoir rempli des fonctions durables et importantes pour les sociétés successives qui l'ont fréquenté.

Visiter Stonehenge

Stonehenge est géré par English Heritage et ouvert toute l'année. Un billet combiné donne accès au centre d'interprétation (à 2,5 kilomètres du monument, avec navette) et à la zone de visite autour des pierres. L'accès à l'intérieur du cercle est restreint pour les visites ordinaires, mais des visites « stone circle access » avant l'ouverture ou après la fermeture permettent d'entrer entre les pierres.

Pour les solstices et équinoxes, Stonehenge est ouvert à l'aube pour une célébration libre (sans billet nécessaire) qui attire chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Pour explorer la carte des sites préhistoriques de la plaine de Salisbury et au-delà, Ouvrez la carte et situez Stonehenge dans le paysage remarquablement dense de monuments néolithiques et de l'âge du bronze qui l'entourent — Avebury, Woodhenge, les Long Barrows de Ridgeway, le monument de Silbury Hill.