Les 10 plus remarquables ruines antiques de Magna Graecia
La Magna Graecia — «la Grande Grèce» selon la désignation des Romains — désigne l'ensemble des colonies fondées par des cités-États grecques sur les rivages de l'Italie méridionale et de la Sicile à partir du VIIIe siècle avant notre ère. Crotone, Tarente, Métaponte, Syracuse, Agrigente : ces villes devinrent rapidement plus riches et plus peuplées que leurs métropoles d'origine, et leurs temples de marbre ou de calcaire doraient au soleil méditerranéen en même temps que ceux d'Athènes et de Corinthe. Pythagore enseigna à Crotone, Archimède naquit à Syracuse, Empédocle à Akragas. Certains de ces temples sont aujourd'hui mieux préservés que leurs équivalents en Grèce même, en raison de leur transformation précoce en églises chrétiennes ou de leur enfouissement sous des siècles de sédimentation.
1. Paestum, Campanie
Paestum — l'antique Poseidonia, fondée par des colons de Sybaris vers 600 avant notre ère — possède les temples grecs archaïques les mieux conservés du monde. Trois édifices se dressent dans la plaine: le temple de Poséidon (en réalité dédié à Héra, vers 460 avant notre ère), le temple d'Héra I dit «Basilique» (milieu du VIe siècle), et le temple d'Athéna (fin du VIe siècle). Le temple de Poséidon, avec ses colonnes doriques trapues et sa frise de triglyphes et métopes, offre une vision particulièrement saisissante de l'architecture grecque d'Occident. Le musée archéologique adjacent abrite les célèbres peintures des tombes lucanniennes et, surtout, les métopes sculptées du Héraion du Sele. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1998, Paestum est accessible en train depuis Naples.
2. Vallée des Temples, Agrigente (Sicile)
La Vallée des Temples d'Agrigente est le plus grand ensemble de temples grecs du monde méditerranéen, étalé sur une crête calcaire dominant la Méditerranée. Akragas, fondée en 580 avant notre ère par des colons rhodiens et crétois, devint l'une des cités les plus prospères de la Sicile grecque. Le temple de la Concorde (Ve siècle), transformé en église au VIe siècle et donc partiellement conservé dans son élévation, est parmi les temples grecs les mieux préservés au monde. Le temple d'Héra Lacinia, le temple d'Héraclès (l'un des plus anciens, fin du VIe siècle), les ruines colossales du temple de Zeus Olympien — dont les télamons géants tentaient de soutenir l'entablement — composent un itinéraire d'une heure de marche le long de la crête. Inscrit à l'UNESCO depuis 1997.
3. Selinunte, Sicile
Selinunte est la cité grecque la plus occidentale de Sicile, fondée vers 630 avant notre ère par des colons de Mégare Hyblaea. Sa particularité tient à la densité exceptionnelle de ses sanctuaires : la colline orientale porte trois grands temples aujourd'hui identifiés par des lettres (C, D et E, ce dernier partiellement reconstruit), tandis que l'acropole en abrite deux autres (A et O) et que la colline de Mannella à l'ouest portait le grand temple G, un des plus vastes du monde grec dont les blocs effondrés jonchent le sol sur une superficie considérable. Selinunte fut détruite par Carthage en 409 avant notre ère et n'a jamais été vraiment reconstituée. Ce statut de cité-morte figée dans sa destruction lui confère une puissance archéologique unique. Le musée archéologique de Palerme conserve ses métopes sculptées.
4. Segesta, Sicile
Segesta n'était pas une colonie grecque au sens strict — ses habitants, les Élymes, se réclamaient d'une origine troyenne — mais elle adopta les formes architecturales de l'architecture grecque pour asseoir son prestige. Son temple dorique, construit vers 420 avant notre ère sur un contrefort calcaire dans la campagne sicilienne, est d'une beauté austère et d'un état de conservation exceptionnel : les colonnes sont encore toutes debout, le péristyle est intact. Le fait qu'il soit inachevé — les colonnes n'ont jamais reçu leurs cannelures, le sol de la cella n'a jamais été posé — lui confère une dimension particulière. Sur la colline voisine, un théâtre hellénistique du IIIe siècle avant notre ère, encore utilisé pour des représentations estivales, domine une vallée d'une beauté remarquable.
5. Métaponte, Basilicate
Métaponte (Metapontum) fut fondée vers 700 avant notre ère par des colons grecs d'Achaïe. Pythagore y mourut après avoir fui Crotone. La cité est célèbre pour ses paysages archéologiques : les Tavole Palatine, quinze colonnes encore debout d'un temple dorique du VIe siècle dédié à Héra, se dressent dans les champs de céréales comme un punctum dans le paysage calabrais. Le musée archéologique national de Métaponte, en ville, présente d'exceptionnelles céramiques à figures rouges attiques importées, des ex-voto en terre cuite et les résultats de fouilles du port antique. L'ensemble du territoire métapontin, avec ses traces de centuriation agraire et ses sanctuaires ruraux, constitue l'un des paysages agraires antiques les mieux conservés d'Italie méridionale.
6. Syracuse (Siracusa), Sicile
Syracuse est la plus grande et la plus puissante des cités de Magna Graecia. Fondée en 734 avant notre ère par des Corinthiens sur l'île d'Ortygie, elle devint sous les tyrans Gélon et Hiéron une puissance militaire capable de déféter les Carthaginois à Himère (480 avant notre ère) et de repousser l'expédition athénienne désastreuse de 415–413 avant notre ère. Le parc archéologique de la Neapolis réunit un théâtre grec du Ve siècle (encore utilisé pour des représentations estivales), un amphithéâtre romain, l'Oreille de Denys — une grotte artificielle de 23 mètres de hauteur à l'acoustique stupéfiante — et les latomies, anciennes carrières de calcaire où furent emprisonnés les survivants athéniens. La cathédrale d'Ortygie est construite dans les colonnes d'un temple de l'Athéna du Ve siècle.
7. Tarente (Taranto), Pouille
Tarente, fondée vers 706 avant notre ère par des Spartiates, fut la seule grande colonie laconienne en Magna Graecia et la ville la plus riche d'Italie méridionale aux IVe–IIIe siècles avant notre ère. Les vestiges in situ sont modestes — les deux colonnes doriques encore debout près du canal, datant probablement d'un temple d'époque archaïque — mais le Musée national archéologique de Tarente (MArTA) possède l'une des collections d'orfèvrerie antique les plus remarquables au monde : diadèmes, boucles d'oreilles, colliers en or finement travaillé produits par les ateliers tarентins des IVe–IIIe siècles constituent un ensemble sans équivalent en Italie.
8. Locres Épizéphyrienne (Locri Epizefiri), Calabre
Locres, fondée vers 700 avant notre ère sur la côte ionienne de Calabre, est surtout connue pour ses sanctuaires et ses reliefs votifs en terre cuite. Les pinakes — petites plaques de terre cuite représentant des scènes mythologiques liées à Perséphone — découvertes dans le sanctuaire de la déesse sont parmi les documents iconographiques les plus précieux pour la religion des cités de Magna Graecia. Les fouilles des nécropoles ont livré des sarcophages peints et des assemblages funéraires d'une grande richesse. Le musée archéologique national de Reggio Calabria, facilement accessible en voiture depuis le site, présente les plus belles pièces.
9. Crotone, Calabre
Crotone (Kroton) fut la plus vaste cité de la Calabre ionienne, connue pour ses athlètes (Milon de Crotone, six fois vainqueur olympique) et pour son école philosophique pythagoricienne. Du temple d'Héra Lacinia au Cap Colonna, la seule colonne encore debout d'un temple du Ve siècle donne son nom actuel au promontoire — symbole isolé mais poignant d'une ville qui comptait selon les sources antiques parmi les plus riches du monde grec. Le musée archéologique national de Crotone présente des vestiges du temple, des inscriptions et des objets des nécropoles coloniales. La vue sur la mer Ionienne depuis le promontoire vaut à elle seule le déplacement.
10. Himère, Sicile
Himère (Imera), fondée en 648 avant notre ère sur la côte nord de la Sicile, fut le théâtre de la grande bataille de 480 avant notre ère où la coalition grecque sous Gélon de Syracuse défit l'armée carthaginoise de Hamilcar — une victoire présentée dans les sources comme contemporaine de Salamine. Les fouilles récentes ont mis au jour la nécropole de bataille, avec les corps de milliers de soldats des deux camps, enterrés en hâte. Le temple dit «de la Victoire», érigé après la bataille et conservé partiellement dans le parc archéologique de Himera à Termini Imerese, témoigne de l'ampleur de la célébration de cette victoire. La ville fut définitivement détruite par les Carthaginois en 409 avant notre ère.
Informations pratiques
La Sicile est accessible par avion vers Palerme ou Catane. Le réseau ferroviaire sicilien dessert Agrigente, Syracuse, Selinunte (depuis Castelvetrano) et Palerme (base pour Himère et Segesta). En Calabre et en Basilicate, un véhicule de location est indispensable pour relier Paestum, Métaponte, Crotone et Locri. La saison idéale est le printemps (mars–mai) ou l'automne (septembre–octobre), lorsque les sites extérieurs bénéficient d'une lumière dorée et d'une température agréable. Ouvrez la carte pour planifier votre itinéraire à travers les grands sites de Magna Graecia.