Les Vikings et leurs établissements
Au-delà du raid : les Vikings bâtisseurs
L'image populaire du Viking — guerrier barbu débarquant sur une côte étrangère à la proue d'un drakkar — occulte une réalité archéologique bien plus complexe et fascinante. Les Scandinaves des VIIIe–XIe siècles étaient certes des guerriers redoutables, mais aussi des marchands qui reliaient la mer Baltique à Constantinople et à Bagdad, des agriculteurs qui défrichèrent l'Islande et le Groenland, des explorateurs qui atteignirent l'Amérique du Nord cinq siècles avant Christophe Colomb, et des artisans qui produisirent une orfèvrerie et une sculpture sur bois d'une finesse exceptionnelle. Les vestiges matériels qu'ils ont laissés permettent de reconstituer une société d'une remarquable vitalité.
La période viking est conventionnellement datée de 793 — raid de Lindisfarne — à 1066 — bataille de Hastings. Mais les racines de la culture nordique plongent dans l'Âge du Fer scandinave, et les établissements vikings ont laissé des traces archéologiques dans une aire géographique immense : de Newfoundland à la Volga, des Hébrides à Istanbul.
Birka : le comptoir de la Baltique
Birka, sur l'île de Björkö dans le lac Mälar, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Stockholm, fut l'un des premiers comptoirs commerciaux scandinaves, actif entre environ 750 et 975. Le site a été fouillé dès le XIXe siècle par Hjalmar Stolpe, qui documenta plus de 1 100 tombes. Les trouvailles sont stupéfiantes : bijoux arabes, soieries byzantines, armes franques, perles en verre du Proche-Orient, poids de balance en bronze témoignant d'une activité commerciale intensive. Birka était reliée aux routes commerciales de la Volga qui amenaient les fourrures et les esclaves nordiques jusqu'aux marchés abbasside.
Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, Birka se visite depuis Stockholm en bateau. Le musée du site expose les objets les plus remarquables et reconstitue l'environnement du comptoir.
Hedeby, Kaupang et les villes marchandes
Hedeby (en danois : Haithabu), à l'actuelle frontière germano-danoise, était l'une des plus grandes villes vikings, avec une population estimée à plusieurs milliers d'habitants à son apogée vers l'an mil. Protégée par un rempart semi-circulaire dont les vestiges atteignent encore 5 à 8 mètres de hauteur, la ville était organisée en parcelles artisanales le long d'un ruisseau canalisé. Les fouilles ont mis au jour des ateliers de forge, de fabrication de peignes en os de cervidé et de tissage. Hedeby fut brûlée en 1049 et ne se releva pas. Le musée d'Haithabu, à Schleswig, est l'un des meilleurs musées vikings d'Europe.
Kaupang, en Norvège, sur le fjord d'Oslo, est le site équivalent pour la Norvège. Fouillé intensivement dans les années 2000, il a livré des preuves d'activité artisanale et commerciale entre environ 780 et 930, avec des connexions vers l'Angleterre, les îles Britanniques et l'Europe carolingienne.
Les forteresses en anneau : Trelleborg et ses sœurs
En Scandinavie, les fouilles ont révélé un ensemble de forteresses circulaires datant du règne de Harald à la Dent Bleue (vers 958–987). Ces trelleborg — du nom du site éponyme de Sjælland, au Danemark — sont construites selon un plan géométrique d'une précision remarquable : un rempart circulaire en terre et bois, divisé en quadrants par deux voies perpendiculaires, avec des bâtiments rectangulaires identiques dans chaque quadrant. On en connaît six exemplaires : Trelleborg (Sjælland), Fyrkat (Jutland), Aggersborg (Jutland), Nonnebakken (Fyn), et deux autres au sud de la Suède.
La précision de ces constructions suppose des compétences géométriques sophistiquées et une organisation militaire centralisée, témoignant de l'essor de l'État danois sous les rois vikings tardifs. Trelleborg et Fyrkat sont accessibles aux visiteurs ; Aggersborg est partiellement visible dans le paysage agricole.
Les tumulus et les bateaux funéraires
Les sépultures vikings sont parmi les témoignages archéologiques les plus éloquents. Les tumulus de Borre, en Norvège, forment l'une des plus grandes concentrations de monticules funéraires royaux d'Europe du Nord, datant des IXe et Xe siècles. Non loin de là, à Gokstad et Oseberg, des bateaux funéraires d'une qualité exceptionnelle ont été exhumés au XIXe et au début du XXe siècle.
Le bateau d'Oseberg, découvert en 1904, est le plus beau navire viking conservé. Long d'environ 22 mètres, il fut utilisé comme cercueil pour deux femmes — l'une probablement de rang royal — et contenait un mobilier extraordinaire : traîneaux décorés, chariots, têtes de lit sculptées, textiles. Il est exposé au Musée des navires vikings d'Oslo, dont la restructuration récente dans un nouveau bâtiment a amélioré sa présentation.
À Gamla Uppsala, en Suède, trois immenses tumulus du Ve et VIe siècles dominent un plateau près de la cathédrale gothique. Ces monticules contenaient des incinérations richement dotées et étaient probablement les sépultures de rois svéons. La tradition orale et les sagas les associent à Aun, Egil et Adils.
L'Atlantique Nord et Vinland
Les Vikings ont colonisé l'Islande à partir de 874 et le Groenland vers 985, sous la conduite d'Eiríkr le Rouge. Vers l'an mil, Leif Eriksson atteignit l'Amérique du Nord, qu'il nomma Vinland. Le seul site archéologique confirmé de présence viking en Amérique du Nord est L'Anse aux Meadows, à Terre-Neuve (Canada), fouillé par Helge et Anne Stine Ingstad dans les années 1960. Des maisons en tourbe, du matériel de forge et des objets scandinaves indéniables prouvent une occupation autour de l'an mil. Le site est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
En Islande, le parc national de Þingvellir, où se tenait l'Althing — la plus ancienne assemblée parlementaire du monde, fondée en 930 — est inscrit au patrimoine mondial. Les maisons en tourbe de l'ère viking y sont partiellement visibles.
Les pierres runiques et l'héritage
Les pierres runiques — stèles gravées d'inscriptions en alphabet runique, souvent érigées en mémoire d'un défunt — parsèment toute la Scandinavie. On en compte plus de 2 500 en Suède seule. Les pierres de Jelling, au Danemark, érigées par Harald à la Dent Bleue vers 965 et 985, décrivent la christianisation du Danemark et constituent un monument de premier ordre de l'histoire viking.
Pour explorer l'ensemble des sites archéologiques vikings, des côtes norvégiennes aux steppes russes en passant par les îles d'Écosse, ouvrez la carte et suivez les routes des Normands.